Mr Erudit – 1979 – Année Révolutionnaire ?

1979, Année Révolutionnaire?

Deux ans après la révolte punk, les graines semées en 1977-78 ont donné naissance à une véritable jungle sonore : post-punk, disco, new wave, heavy metal, ska, hip-hop… Une effervescence rare, portée par l’inventivité, la contestation, l’urgence.

Post-punk : la révolution continue

Si le punk a dynamité les codes, c’est en 1979 que le post-punk s’impose. Des groupes comme PiL, Wire, Gang of Four, The Slits ou The Pop Group réinventent le format rock à coup d’expérimentations sonores, d’influences dub, funk, voire noise. La musique devient politique, nerveuse, cérébrale.

En parallèle, les charts britanniques se remplissent de groupes new wave/post-punk : The Police, Blondie, The Buggles, Ian Dury, Gary Numan… La moitié des numéros un de l’année relèvent de cette mouvance. À leurs côtés : la dernière vague disco (Bee Gees, Gloria Gaynor, Village People, Chic), encore triomphante mais sur le point de décliner.

Le disco résiste… le funk renaît

Aux États-Unis, le mouvement « Disco Sucks » commence à faire des vagues.Un mouvement souvent attribué à Steve Dahl, un disc jockey de radio de Chicago. Le 12 juillet 1979, Dahl a organisé un événement appelé « Disco Demolition Night » (la nuit de la démolition du disco) au Comiskey Park à Chicago. Lors de cet événement, des milliers de personnes ont apporté des disques de musique disco qui ont ensuite été détruits sur le terrain de baseball. Cette  « Disco Demolition Night » a été considérée comme un point culminant du sentiment anti-disco de l’époque.

Le genre entame son déclin commercial, mais ne disparaît pas : il se mue. Les groupes funk comme Kool & The Gang enchaînent les tubes, et même des groupes rock comme ELO flirtent avec la fièvre disco. Blondie, Talking Heads ou Ian Dury empruntent eux aussi les codes de la dance music.

Synthétiseurs et futurisme

1979 marque aussi l’arrivée en force des synthétiseurs dans la pop britannique : Gary Numan cartonne, suivi de The Human League, Ultravox, OMD, Cabaret Voltaire et bien d’autres. Une nouvelle ère électronique s’ouvre, dans le sillage de Kraftwerk et David Bowie.

Heavy Metal : la NWOBHM débarque

Parallèlement, la New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) prend son envol avec Iron Maiden, Def Leppard, Saxon ou Girlschool, épaulés par des vétérans comme Motörhead ou Thin Lizzy. Un renouveau dur, rapide et brut.

Protestation, reggae et 2 Tone : la rue s’en mêle

Dans un Royaume-Uni en crise, marqué par les gréves, l’ascension de Margaret Thatcher et de se qu’on appellera « l’hiver du mécontentement », la musique devient plus que jamais un exutoire politique. Le reggae et le ska, longtemps restés en marge, s’imposent dans une version revendicative et urbaine.

Des groupes de reggae à vocation politique comme Steel Pulse, Misty in Roots et Aswad commence également à avoir un impact important dans l’underground.

Le label 2 Tone, fondé par Jerry Dammers (The Specials), fédère une scène bouillonnante : The Selecter, The Specials, Madness, The Beat… Une sous-culture entière émerge, mélange de style, d’engagement et d’énergie pure. L’émission Top of the Pops de novembre 1979, avec trois groupes 2 Tone à la suite, devient un moment culte pour toute une génération.

Le hip-hop frappe à la porte

Pendant que le disco vacille, un nouveau son naît à New York : le hip-hop. « Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang, basé sur le riff de Good Times de Chic, marque une entrée fracassante dans les charts. Le rap entre dans l’arène, suivi de Kurtis Blow et Grandmaster Flash.

Un record de ventes… et de créativité

1979 détient encore le record du plus grand nombre de singles vinyles vendus au Royaume-Uni : environ 80 millions. Entre disques colorés, éditions limitées et nouvelles scènes à foison, le marketing et la passion font bon ménage.

Les labels indépendants prennent leur envol

C’est aussi l’âge d’or des indés. Inspirés par l’éthique DIY punk, des labels comme Rough Trade, Factory, Mute et bientôt 4AD redéfinissent la production musicale. Factory (créé à Manchester par Tony Wilson) deviendra culte, tout comme les pionniers écossais de Postcard Records.

Les héritiers de 1979 sont encore là

Aujourd’hui, de nombreux artistes lancés en 1979 continuent de tourner ou d’enregistrer : Wire, The Human League, OMD, Gang of Four, Blondie, The Cure, Gary Numan, The Specials, The Selecter, et bien d’autres.

En 2019, The Specials décrochaient même leur premier numéro 1 album au Royaume-Uni avec Encore — 40 ans après leur premier tube Gangsters. Une preuve que cette génération de musiciens a marqué durablement l’histoire, autant que les cœurs.

Conclusion : 1979, l’année où tout a basculé

En dépit d’un climat social tendu, 1979 fut une année d’une richesse musicale sans équivalent. L’énergie du punk, la sophistication de la new wave, la fièvre du disco, l’émergence du hip-hop, la rage du reggae urbain, le renouveau du Heavy Metal… Rarement autant de courants ont coexisté et fusionné avec autant de créativité.

Alors oui, 1979 fut sans doute l’une des plus grandes années musicales de l’histoire moderne.