Live Report by Romu – Then Comes Silence + Years Of Shame – Brewklyn, Rennes, 13 Septembre 2026

Dimanche 13 septembre, direction le Brewklyn à Rennes pour une soirée placée sous le signe des ombres, des guitares froides et des rythmiques post-punk.

À l’affiche : Years of Shame, formation française située quelque part entre cold wave et post-punk, en ouverture de Then Comes Silence, l’un des groupes incontournables de la scène post-punk/gothique européenne actuelle. La soirée était organisée par Down Box Productions.

Dans la salle, l’affluence se situe autour de 100 à 200 personnes, une jauge qui donne rapidement au concert une atmosphère à la fois intime et particulièrement chaleureuse. Ici, pas vraiment de public venu par hasard : la salle rassemble une communauté de connaisseurs, avec une forte présence de la culture gothique et batcave.

Majoritairement vêtus de noir, arborant des T-shirts de groupes, des maquillages très marqués et les yeux soulignés de noir, les fans semblent parfaitement connaître l’univers de Then Comes Silence.

Une véritable petite tribu réunie autour d’une esthétique commune et, surtout, d’une passion partagée pour les musiques sombres.

 

Years Of Shame – La Sadwave française

Originaire de Rennes/Paris, Years of Shame est un duo formé par Berne Evol au chant et Brice Delourmel aux guitares, basse, synthétiseurs et machines. Les deux musiciens évoluent également ensemble au sein de Dead., tandis que Brice Delourmel est aussi impliqué dans le projet Giirls.

Avec Years of Shame, ils explorent une cold wave sombre et indus, quelque part entre post-punk, darkwave et EBM. Le duo qualifie son approche de « sadwave ». Leur musique peut évoquer aussi bien la sensibilité de The Cure, New Order (des débuts) que les textures électroniques de The Soft Moon.

Pour ouvrir la soirée, Years of Shame installe immédiatement une atmosphère sombre et brumeuse au Brewklyn. Pendant environ 40 minutes, le duo livre l’intégralité de son premier album Primary, dans une mise en scène minimaliste mais particulièrement efficace : fumigènes, lumières tamisées et ambiance glaciale plongent rapidement la salle dans un univers coldwave aux accents darkwave et indus.

Sur scène,  le duo fait vivre les compositions de Primary. Les pulsations électroniques et les lignes de basse donnent progressivement envie au public de bouger, notamment sur « Heat » et « Trust », deux des moments les plus accrocheurs du set.

Face à eux, le public se montre réceptif dès les premières minutes. L’atmosphère très sombre, les nappes de synthés et les rythmiques répétitives semblent parfaitement correspondre à cette audience largement acquise aux sonorités coldwave et post-punk.

Une première partie qui aura donc parfaitement préparé le terrain avant l’arrivée de Then Comes Silence.

 

Then Comes Silence — Une nuit entre ombre et élégance

Fondé à Stockholm en 2012 par Alex Svenson, Then Comes Silence s’est construit au fil des années une solide réputation dans les scènes post-punk et gothique européennes. Alex Svenson, au chant, à la basse et aux synthétiseurs, est aujourd’hui accompagné de Jonas Fransson à la batterie et de Hugo Zombie aux guitares.

Après trois albums indépendants, le groupe signe chez Nuclear Blast et publie Blood en 2017, avant de rejoindre Metropolis Records, où paraîtront Machine (2020), Hunger (2022) et Trickery (2024).

Leur nouvel album, Requiem Ballroom, est annoncé pour le 20 novembre 2026.

Après la prestation de Years of Shame, les lumières s’éteignent à nouveau. Le Brewklyn est prêt pour Then Comes Silence.

Dès les premières minutes, le groupe suédois impose son univers : sombre, puissant, mélodique, quelque part entre post-punk, goth rock, darkwave et cette énergie presque dansante qui est devenue sa marque de fabrique.

Visuellement aussi, le groupe ne passe pas inaperçu. Jonas, le batteur, arbore fièrement un T-shirt des Chameleons, clin d’œil parfait pour un public qui connaît ses classiques. Hugo Zombie, avec son look, impose immédiatement sa présence sur scène, tandis qu’Alex Svenson affiche une élégance de dandy, parfaitement maîtrisée. Trois personnalités bien distinctes qui contribuent pleinement à l’identité visuelle de Then Comes Silence.

Musicalement, Then Comes Silence ne se contente pas de présenter son nouvel album. Le groupe traverse les quatre derniers albums, offrant au public une sélection de ses titres les plus marquants, tout en intégrant les nouveaux singles. Les morceaux s’enchaînent avec une vraie fluidité.

Les nouveaux titres trouvent naturellement leur place au milieu des morceaux plus anciens. « Judgement Day », « Remaker Redeemer » et « Ride Or Die » apportent notamment cette couleur plus récente, tandis que les titres issus des albums précédents « Rise to The Bait » « Dark End » ou « Good Friday » rappellent pourquoi Then Comes Silence s’est progressivement imposé comme l’une des formations importantes de la scène post-punk/gothique actuelle.

Dans la salle, le public est particulièrement comblé. Dans l’atmosphère enfumée du Brewklyn, la proximité entre les musiciens et les spectateurs fonctionne à merveille.

« Strangers », le titre phare de Nyctophilian (2015), vient conclure le concert. Mais évidemment, personne ne veut vraiment quitter les lieux…

 

« Vous êtes sûrs de vouloir une autre chanson ? »

Le groupe revient finalement pour un rappel. Et le batteur décide de jouer les rabat-joie avec beaucoup d’humour. En anglais, il lance au public, en substance : « Vous êtes sûrs de vouloir une autre chanson ? Il est tard, demain vous allez travailler… vous allez être obligés de rentrer en taxi ! »

Une petite plaisanterie qui fait évidemment sourire la salle. Et le rappel démarre avec « Tickets to Funerals ». Une dernière plongée dans l’obscurité avant que les lumières ne se rallument définitivement.

 

Une rencontre qui restera

Mais pour moi, la soirée ne s’arrête pas tout à fait là.

Après le concert, en compagnie de Cat The Cat, j’ai la chance de croiser Alex Svenson. Il accepte très gentiment de nous dédicacer nos exemplaires vinyles de Machine et Hunger. Et la scène est plutôt savoureuse : plutôt que de simplement signer les pochettes, il ouvre lui-même les blisters… avec son médiator !

Puis son regard se pose sur mon article consacré à « Remaker Redeemer » sur Romu.Rocks, le nouveau single du groupe. Un « Thank you », un sourire… puis Alex repart rejoindre les autres membres du groupe.

Ce petit moment résume finalement assez bien ce que j’ai ressenti durant cette soirée : une proximité rare entre les artistes et leur public.

Dans un milieu musical où la distance entre musiciens et spectateurs peut parfois être importante, Alex se montre simplement disponible, chaleureux et d’une grande simplicité.

Un véritable gentleman.

Et lorsque l’on quitte le Brewklyn après une telle soirée, avec deux vinyles dédicacés sous le bras et encore les dernières notes de « Dark End » dans la tête, on se dit que c’est aussi pour ces moments-là que l’on continue à aller aux concerts.