Album du mois – Walt Disco – Walt Disco

Après plusieurs années de carrière faites de concerts, de nominations et de remises en question, Walt Disco ouvre un nouveau chapitre avec un album tout simplement intitulé Walt Disco, sorti le 2 octobre 2026 chez EMI North

Le choix du titre n’est pas anodin. Un temps, le groupe écossais a envisagé de changer de nom, comme pour marquer une rupture et repartir sur de nouvelles bases. Ses membres ont finalement décidé de conserver celui qui les accompagne depuis leurs débuts. Plutôt que d’effacer le passé, Walt Disco choisit donc de l’assumer et de le réinventer.

Formé à Glasgow, le groupe s’est rapidement distingué par un univers situé à la croisée de l’art-rock, de la new wave, du post-punk et de la pop alternative. Il réunit aujourd’hui Jocelyn Si, Lewis Carmichael, Finlay McCarthy, Charlie Lock et Jack Martin.

Après plusieurs singles et l’EP Young Hard and Handsome, Walt Disco publie son premier album, Unlearning, en 2022. Le disque leur apporte une visibilité croissante et une nomination aux AIM Independent Music Awards. Les concerts vont ensuite contribuer à installer leur réputation, de Glastonbury à SXSW, jusqu’aux premières parties de Duran Duran, Primal Scream ou Simple Minds dans de grandes salles.

En 2024, The Warping confirme cette ascension. Plus ambitieux et plus orchestral, le deuxième album est à son tour salué par la critique et nommé au Scottish Album of the Year Award.

Derrière cette reconnaissance se cache pourtant une période de questionnement. À seulement 24 ou 25 ans, les membres du groupe s’interrogent déjà sur la pérennité de leur projet et sur leur place dans une industrie musicale devenue particulièrement incertaine.

Pour Jocelyn Si, cette période accompagne également une transition personnelle. Les changements d’identité, les remises en question et l’envie d’avancer autrement vont nécessairement influencer la création de ce nouvel album.

Mais plutôt que de repartir de zéro, Walt Disco choisit de faire de cette période de transition une matière artistique.

Cette volonté se retrouve aussi dans la manière d’enregistrer le disque. Réalisé en quatre semaines à Brighton, puis durant une semaine supplémentaire à Londres, l’album a été produit avec Ellie Mason, connue notamment pour son travail avec Stella Donnelly et Liars.

Pour la première fois, le groupe cherche véritablement à retrouver les conditions d’une formation réunie dans une même pièce, afin de capturer une énergie plus spontanée et l’urgence qui l’avait poussé à se former.

Cette approche donne naissance à un disque où les références — Smashing Pumpkins, Cocteau Twins, The Associates, MGMT ou encore The Sundays — affleurent sans jamais prendre le dessus sur la personnalité du groupe.

Guitares puissantes, textures électroniques, harmonies vocales travaillées et mélodies pop s’entremêlent ainsi dans un ensemble plus cohérent et plus accessible, sans pour autant perdre l’étrangeté et l’élégance qui font la singularité de Walt Disco.

 

L’album s’ouvre avec « My Body Knows When To Run », un morceau glam qui donne immédiatement le ton. Les mélodies étranges et les guitares fuzz installent une atmosphère à la fois excentrique et menaçante. La batterie apporte une énergie très brute, tandis que la voix de Jocelyn Si conserve cette dimension théâtrale qui constitue l’une des signatures du groupe. Une ouverture particulièrement efficace qui révèle d’emblée le nouveau visage de Walt Disco.

Avec « Lies », le groupe laisse davantage de place à la mélancolie. Derrière ses guitares lumineuses, qui peuvent rappeler la pop grandiloquente de British Sea Power, se cache une chanson consacrée aux petits mensonges que l’on utilise parfois pour maintenir une relation ou simplement pour faire croire que tout va bien.

« Lies » s’impose ainsi comme l’un des moments les plus pop du disque. Un véritable tube.

 

Le temps qui passe et la peur de vieillir sont au cœur de « Never New ». Musicalement, la chanson portée par des guitares mélancoliques, navigue entre new wave et indie pop.

 

Avec « Warmface », l’album devient plus introspectif. Associé à Jack Martin, le morceau revient sur la rencontre avec un ancien membre de Walt Disco, désormais installé dans une vie beaucoup plus conventionnelle. Musicalement, le titre se montre plus doux, avec des accents post-rock et une guitare lumineuse.

La chanson possède également une résonance particulière dans l’histoire récente du groupe : le titre faisait partie des noms envisagés pour remplacer Walt Disco lorsque ses membres réfléchissaient à changer d’identité. Difficile, dès lors, de ne pas voir dans ce morceau un écho direct aux interrogations qui traversent l’album.

« Warmface » séduira notamment les amateurs de The Sundays.

 

Le single « Don’t Do This Alone » s’impose naturellement parmi les temps forts de l’album.

Synthétiseurs modulaires, arrangements des chœurs et textures électroniques accompagnent une chanson qui évoque les questionnements identitaires, la consommation d’alcool, la transition et une période où tout semblait particulièrement compliqué par le groupe.

L’un des singles de l’année !

 

Avec « New Friends », Walt Disco s’intéresse à une autre forme de rupture : celle qui met fin à une amitié.

« Une séparation amoureuse possède ses codes, ses chansons et ses représentations. La fin d’une amitié est souvent beaucoup plus silencieuse ».

 

Premier single dévoilé, « Coup de foudre » constitue l’un des titres les plus énergiques du disque.

Les guitares sont nerveuses, la rythmique bondissante et l’ensemble nous plonge dans l’indie-rock du début des années 2000. On pense notamment aux Yeah Yeah Yeahs.

 

Plus saturé et sombre, « Total Surprise Machine » s’intéresse quant à lui à la difficulté de réapprendre à aimer après une relation distante.

Comme « Warmface », le titre possède également une dimension symbolique dans l’histoire du groupe :  « Total Surprise Machine » faisait partie aussi des noms envisagés lorsque Walt Disco réfléchissait à changer d’identité.

Une nouvelle preuve que les interrogations autour du nom, de l’identité et de l’avenir du groupe se retrouvent directement inscrites dans les chansons.

 

« Look Out For Me » est une ballade dépouillée, teintée de post-rock. Jocelyn Si a écrit « Look Out For Me » après une visite chez son médecin généraliste au cours de laquelle elle voulait parler de sa dysphorie de genre. L’artiste appréhendait beaucoup ce rendez-vous, mais a finalement rencontré un médecin bienveillant et à l’écoute.

La voix de Jocelyn évoque David Bowie, notamment par son lyrisme.

 

« My Body’s Still Mine » constitue l’un des sommets de Walt Disco. Le morceau commence avec une certaine retenue avant de prendre progressivement une ampleur considérable. Synthétiseurs, harmonies vocales et guitares saturées se superposent jusqu’à un crescendo particulièrement puissant. Un titre que Blur n’aurait sans doute pas renié.

 

L’album s’achève avec « Wonderland ».

La chanson débute presque comme une ballade, avec une atmosphère retenue, puis gagne peu à peu en intensité. Les harmonies vocales s’élargissent, la voix de Jocelyn prend de l’ampleur et le morceau finit par atteindre un crescendo alt-rock.

 

 

Ce troisième album de Walt Disco s’inspire des doutes, des changements personnels et des difficultés traversées par le groupe pour proposer une musique plus directe, ambitieuse et profondément personnelle.

Plutôt que de chercher à se démarquer à tout prix, le groupe écossais choisit d’affirmer pleinement ce qui fait sa singularité : des guitares, des synthétiseurs, des harmonies, de l’excès, de l’émotion et cette capacité à mêler le sérieux à l’absurde.

Alors qu’il avait envisagé de changer de nom et de prendre une nouvelle direction, Walt Disco décide finalement d’assumer son histoire plutôt que de l’effacer.

Et de continuer, tout simplement, à être Walt Disco !