Album du mois – The Haunted Youth – Boys Cry Too

Release date: 08/05/26

Label: Play It Again Sam / PIAS et Mayway Records

Dans le paysage indie européen, The Haunted Youth s’est imposé en quelques années comme l’un des noms majeurs de la nouvelle vague dream-pop et shoegaze.

Après Dawn Of The Freak, premier album devenu une référence de la scène alternative, le projet du musicien belge Joachim Liebens, revient avec Boys Cry Too, paru le 8 mai 2026 via Play It Again Sam / PIAS et Mayway Records.

Là où son premier album, Dawn Of The Freak, avait un coté DIY, Boys Cry Too a été pensé en véritable groupe. Autour du chanteur guitariste gravitent désormais Hanne Smets (claviers), Tom Stokx (guitare), Stef Castro (basse) et Nick Caers (batterie).

L’univers musical de The Haunted Youth dépasse largement le seul cadre de la dream-pop. Certes, les guitares flottantes et les nappes brumeuses évoquent immédiatement les années 1990. Mais Joachim Liebens nourrit son écriture d’influences beaucoup plus larges : post-punk moderne, indie américaine, emo contemporaine et rock alternatif.

On retrouve dans sa musique les ombres de Joy Division, la mélancolie synthétique de New Order, les climats romantiques de The Cure ou encore l’ampleur émotionnelle de The War On Drugs. Sur Boys Cry Too, ces influences se teintent même parfois de grunge et de rock 90’s.

« J’étais un gamin sur Dawn Of The Freak. Tout sonnait fragile, presque enfantin. Aujourd’hui, je suis rempli d’angoisse et je défonce les portes », précise Joachim Liebens.

Dès « In My Head », monumental morceau d’ouverture de plus de huit minutes, The Haunted Youth affiche ses nouvelles ambitions. Le morceau commence dans une dream-pop glaciale avant de muter progressivement vers une montée faite de distorsions, de tension nerveuse et d’explosions vocales. « It’s in my head / I’m better off dead sometimes » chante Liebens dans ce qui constitue déjà l’un des sommets émotionnels du disque.

Avec « Castlevania », le groupe durcit encore le ton. Entre gothique moderne, post-punk et grunge, le morceau convoque autant Nirvana, Alice In Chains que Loveless de My Bloody Valentine.

L’intensité monte encore avec le single « Deathwish », enregistré avec Max Fry. Guitares abrasives, tension permanente, montée finale dévastatrice : le morceau figure parmi les moments les plus rugueux de l’album.

L’apport de Max Fry, entre électronique, indie et post-punk, enrichit encore cette atmosphère fiévreuse.

« Emo Song » constitue sans doute le cœur émotionnel du disque. On y entend clairement les résonances des premiers Slowdive, mais aussi cette tension permanente entre fragilité et déflagration sonore qui rappelle The War on Drugs.

Après cette intensité, « Wake Up » agit comme un faux apaisement. Plus lumineux en apparence, plus immédiatement accessible, le morceau cache un texte profondément sombre sur l’incapacité à sortir de la paralysie émotionnelle.

Quant à « Hurt », le titre lorgne vers les 80’s: batterie discrète, guitares cotonneuses, tension retenue.

Plus court, plus urgent, « Murder Me » est un morceau transe rock. Deux minutes trente à peine, un riff incisif, une montée immédiate de tension. Liebens y murmure comme quelqu’un en lutte contre ses propres voix intérieures.

Le disque atteint ensuite l’un de ses moments les plus forts avec « Falling To Pieces ». Véritable pièce post-rock immersive, la chanson pousse The Haunted Youth vers de nouveaux territoires.

Longtemps rodée sur scène, elle est devenue un point culminant des concerts du groupe, notamment autour de cette phrase incrustée sur les écrans : « Don’t kill yourself, I love you. »

Ici, l’émotion passe autant par les silences que par le mur de guitares.

La noirceur reprend le dessus sur « I Hear Voices », l’un des morceaux les plus claustrophobiques de l’album. Joachim Liebens aborde les troubles psychiques dans une ambiance qui mêle shoegaze sombre et pulsations new wave.

Plus mélodique, « Forget Me » apporte une respiration relative. Derrière sa luminosité apparente se cache pourtant une chanson profondément triste sur la mémoire affective, la séparation et le désir contradictoire d’être oublié tout en restant aimé.

Enfin, « Ghost Girl » referme le disque sur une ballade crépusculaire.

Joachim Liebens a expliqué : « La première moitié de l’album montre comment on imagine un garçon au cœur brisé : silencieux, paranoïaque, agressif. La seconde moitié laisse davantage de place à la vulnérabilité. »

L’artiste belge possède cette capacité rare : transformer ses angoisses personnelles en chansons universelles.

Boys Cry Too n’est pas seulement un très bon album dream-pop. C’est un disque profondément humain.

Avec ce second album, The Haunted Youth confirme surtout qu’il ne s’agit plus simplement d’un projet prometteur de la scène belge, mais d’un groupe désormais incontournable dans le paysage indie européen.