Album du mois – Brigitte Calls Me Baby – Irreversible
Release Date: 13 Mars 2026
Label: ATO Records
Originaire de Chicago, Brigitte Calls Me Baby s’est imposé en peu de temps comme l’un des groupes les plus singuliers de la nouvelle scène indie. Mené par le chanteur et compositeur Wes Leavins, le quintet développe une esthétique unique mêlant romantisme rétro et new wave élégante.
Le parcours de Wes Leavins est presque romanesque : adolescent au Texas, il commence à écrire des chansons, après avoir écouté dans la collection de disques de ses parents et grands-parents, Roy Orbison, The Cars, Tears for Fears, Frank Sinatra et Elvis Presley. Puis, il quitte rapidement son environnement pour tenter sa chance à New York dans une production consacrée à Sun Records, avant de s’installer à Chicago où naîtra Brigitte Calls Me Baby.
Leur nom est une référence à la correspondance de Wes Leavins, durant son adolescence, avec l’actrice Brigitte Bardot.
Le groupe se fait remarquer en 2023 avec l’EP This House Is Made Of Corners, puis confirme avec son premier album The Future Is Our Way Out (2024), qui révèle leur sens aigu de la mélodie et leur fascination pour la pop music.
Après une tournée intense, notamment en première partie de Morrissey, le groupe revient avec Irreversible, produit par Lawrence Rothman et Yves Rothman (Blondshell, Yves Tumor).
Disponible chez ATO Records ce deuxième album a été composé en grande partie pendant deux années de tournées intensives.
Comme l’explique le chanteur : « Notre premier album nous a appris qu’il fallait chercher au plus profond de son âme pour montrer quelque chose de réel et de brut au monde. Avec ce disque, le processus a été plus naturel. À une époque, j’ai tenté d’enterrer ces sentiments que nous exposons ici, mais aujourd’hui je n’ai plus besoin de retenir quoi que ce soit. »

Le titre d’ouverture, « There Always », mêle une batterie ample et des guitares cristallines à la voix puissante de Wes Leavins. La chanson atteint un équilibre particulièrement convaincant entre des influences crooner héritées des années 50 et 60 et une sensibilité dance post-punk typique des années 80. On y perçoit d’ailleurs une ressemblance frappante avec The Smiths, notamment dans cette manière de marier mélancolie et élégance mélodique.
Dans la continuité, le premier single de l’album, « Slumber Party », séduit par son énergie plus directe. Porté par une rythmique nerveuse et une ligne de basse marquée, le morceau évoque autant le rock indie du début des années 2000 que l’atmosphère étrange et fascinante du film Blue Velvet.
Son rythme peut également rappeler « The Rat » de The Walkmen, renforçant encore cette filiation indie rock nerveuse.
« I Danced with Another Love In My Dream » aborde quant à lui le thème de l’infidélité (« Je ne veux rien gâcher / Ma tête, mon cœur ou mon sommier »).
Comme l’a expliqué le chanteur : « Au départ, nous essayions d’écrire quelque chose de joyeux, mais finalement le morceau a évolué vers un sujet plus ambigu. Nous avons testé plusieurs versions sur scène avant de retenir cette approche lumineuse et optimiste, où ces pensées adultères prennent vie dans un rêve. »
La ligne de basse de Devin Wessels soutient une ambiance feutrée.
Le tempo ralentit ensuite avec « The Pit », titre sombre qui évoque la perte de repères et l’instabilité émotionnelle. Sa tonalité mélancolique rappelle certaines productions indie pop du milieu des 80’s.
« Truth is Stranger Than Fiction » voit Wes Leavins explorer un registre plus aigu, démontrant l’étendue de sa palette de chanteur.
« These Acts of Which We’re Designed » s’impose comme l’un des morceaux les plus synthétiques du disque. Sa rythmique mécanique et sa basse électronique créent un contraste particulièrement intéressant avec l’émotion du chant. Le morceau, calibré pour la radio, rappelle New Order, confirmant l’influence new wave qui parcourt l’album.
Après un court instrumental intitulé « Sillage », le slow « I Can’t Have You All to Myself » met en avant la voix de crooner de Wes Leavins. La guitare de Jack Fluegel et la basse de Devin Wessels créent une atmosphère intime et chaleureuse.
Le troisième single extrait de l’album « I Can Take the Sun Out of the Sky » démarre sur les chapeaux de roue avec un beat irrésistible et des riffs de guitare aux accents balnéaires qui donnent au morceau une tonalité plus entraînante.
« The Early Days of Love » poursuit cette dynamique avec une approche jangle pop. Les guitares cristallines et la douceur du chant traduisent avec justesse la nostalgie des premiers amours. Les fans des légendaires The Smiths y percevront sans doute un clin d’œil à « Some Girls Are Bigger Than Others ».
Enfin, « Send Those Memories » agit comme un véritable générique de fin. Porté par un piano délicat, un rythme ralenti et une interprétation bouleversante, le morceau offre une sortie particulièrement émotive à l’album.
Wes Leavins y exprime toute la douleur liée à la fin d’une relation, suppliant de pouvoir conserver les souvenirs partagés.
Comme il l’a expliqué : « Send Those Memories parle de la nostalgie du passé, mais aussi de l’acceptation du fait qu’il est impossible de revenir en arrière et qu’il faut trouver un moyen de créer quelque chose de beau dans le présent. »

Avec Irreversible, Brigitte Calls Me Baby confirme les espoirs suscités par The Future Is Our Way Out.
Entre nostalgie flamboyante et romantisme new wave, Irreversible s’impose ainsi comme l’une des sorties indies les plus marquantes de l’année.
L’un des principaux atouts du disque réside dans la performance vocale de Wes Leavins, dont le timbre singulier évoque autant Morrissey que Elvis Presley, sans jamais tomber dans l’imitation. Sa capacité à transmettre fragilité, nostalgie et tension romantique constitue le fil conducteur d’un album profondément habité.
Un album ambitieux, irrésistible et revigorant.

