Album du mois – Declan Welsh and The Decadent West – Cheaply Bought, Expensively Sold
Cheaply Bought, Expensively Sold est le premier album du compositeur et poète de Glasgow Declan Welsh, accompagné de son groupe Declan Welsh and The Decadent West. Entre rock indépendant et convictions solidement ancrées, le quatuor livre un disque engagé, porté par une énergie aussi sincère que percutante.
Après une année marquée par de nombreux concerts à guichets fermés à travers le Royaume-Uni, des performances dans des contextes variés – de la Palestine dans le cadre d’un échange culturel à la Fashion Week de Londres – ainsi qu’une apparition remarquée au Glastonbury Festival avec le soutien appuyé de Billy Bragg, le groupe s’est imposé comme l’un des talents les plus prometteurs de la scène écossaise.
Aux côtés de Declan Welsh évoluent Duncan McBride (guitare), Ben Corlett (basse) et Murray Noble (batterie). En 2018, le quatuor publiait un premier EP remarqué, All My Dreams Are Dull, abordant des thématiques fortes telles que la masculinité toxique, la hausse des loyers, la montée de l’extrême droite ou encore l’intolérance. Le titre « No Pasaran », notamment, affirmait clairement leur position politique.

Depuis son arrivée par voie postale – exemplaire dédicacé par Declan Welsh et ses acolytes – Cheaply Bought, Expensively Sold n’a pratiquement pas quitté ma platine.
Sorti le 18 octobre et produit par Chris Marshall à Glasgow (connu pour son travail avec Gerry Cinnamon, Baby Strange, The Dunts ou The Van T’s), l’album paraît sur le label indépendant Modern Sky UK.
Le disque démarre sur les chapeaux de roue avec le single No Fun. Véritable mur de guitares, ce morceau d’ouverture explosif donne immédiatement le ton : pogo garanti. Declan y livre une tirade mordante contre les personnalités égocentriques que l’on croise lors de soirées trop souvent formatées.
Avec Absurd, deuxième single de l’album, le groupe aborde frontalement les effets de l’austérité et les obstacles auxquels les artistes issus de la classe ouvrière doivent faire face pour défendre leurs convictions.
Puis vient How Does Your Love, morceau particulièrement entraînant, porté par une ligne de basse qui ravira les amateurs des premiers Simple Minds. Le groupe propose ici un véritable hymne pour discothèques de province, teinté d’une touche disco-funk. Le clip, tourné dans une discothèque fictive du Lanarkshire, met en scène le comédien Paul McCole.
Turn Me On constitue l’un des moments les plus pop du disque, mettant en valeur les variations vocales de Declan Welsh et confirmant la diversité musicale de l’album.
L’intensité ne retombe pratiquement jamais, jusqu’au slow Be Mine. Sa mélodie langoureuse et l’interprétation émotive du chanteur pourraient bien faire fondre les cœurs lors d’un prochain quart d’heure américain. On imagine aisément Alex Turner s’approprier ce titre, mais le charme de l’accent écossais de Declan fait toute la différence.
Sur Different Strokes, Welsh évoque son séjour en Palestine et rend hommage aux populations confrontées à de nombreuses souffrances. La ligne de basse rappelle par instants l’univers de New Order.
L’album regorge de titres marquants, à commencer par New Me And You, l’un de mes favoris, avec ses guitares nerveuses évoquant The Undertones. Une chanson addictive, qui reste en tête toute la journée, abordant les ruptures sentimentales et les blessures qu’elles laissent.
People Let You Down se distingue par une tonalité différente. Selon Declan, le morceau pourrait aisément être interprété par Adele ou Lewis Capaldi.
Autre pépite, Never Go Home s’impose comme une ode mélancolique à la fin de la jeunesse. Declan y célèbre ces moments où l’on refait le monde pendant des heures, ces instants de connexion humaine capables de transformer une vie.
The Dream figure également parmi les sommets du disque. Porté par un faux rythme captivant, le morceau évoque la religion et la croyance en l’indépendance de l’Écosse.
Pour conclure, Times rend hommage à Gary Watson, disparu en 2016 à l’âge de 22 ans. Leader du groupe The Lapelles originaire d’East Kilbride, il fut un fervent défenseur de la nouvelle scène musicale écossaise. Le titre se veut une célébration autant qu’un adieu, rappelant l’importance de vivre pleinement, de chérir ses proches et de considérer l’amitié comme l’une des valeurs essentielles de l’existence.
Et alors que l’on croit le voyage terminé, l’album réserve encore une surprise avec un titre caché, morceau acoustique dans la lignée de Something for Sammy extrait de l’album Construction for the Modern Idiot de The Wonder Stuff. Un véritable bijou qui vient clore ce premier album avec élégance.
Un disque engagé, vibrant et particulièrement attachant, qui confirme tout le potentiel de Declan Welsh and The Decadent West sur la scène indie britannique.

Si vous avez aimé The Rakes, les deux premiers albums de The Libertines ou encore les débuts des Arctic Monkeys, cet album est fait pour vous.
Avec Cheaply Bought, Expensively Sold, Declan Welsh and The Decadent West signent un disque d’indie pop/rock particulièrement abouti, à la fois énergique, engagé et terriblement accrocheur.
Une chose est sûre : après l’écoute, on a envie de délaisser les synthés, de brancher sa Fender et de recommencer à gratter quelques accords

