Album du mois – The Psychedelic Furs – Made Of Rain
Après près de trente ans d’absence discographique, The Psychedelic Furs reviennent avec Made of Rain.
Groupe emblématique des années 80, les frères Butler ont marqué toute une génération grâce à un son mêlant guitares brumeuses, saxophone mélancolique et romantisme sombre.
Made Of Rain, le titre ce huitième album studio trouve son origine dans un poème de Brendan Kennelly, The Man Made of Rain, dans lequel une personne mourante reçoit la visite d’« un homme fait de pluie ».
L’album a été produit par Richard Fortus (compagnon des frères Butler au sein de Love Spit Love) et mixé par Tim Palmer. Autour du chanteur Richard Butler et de son frère Tim à la basse, on retrouve Mars Williams au saxophone, Paul Garisto à la batterie, Amanda Kramer aux claviers et Rich Good aux guitares.

Made of Rain s’ouvre sur “The Boy Who Invented Rock N’ Roll”. Quel bonheur de retrouver cette voix immédiatement reconnaissable et ces guitares brumeuses caractéristiques du groupe. Ce morceau d’ouverture propose un mélange de percussions, de guitares chargées d’effets, de synthés et, bien sûr, de saxophone. Richard Butler livre des couplets incisifs : quelque part entre David Bowie et John Lydon. Déjà un classique.
“Don’t Believe”, premier single dévoilé en janvier, est un morceau post-punk qui nous transporte quarante ans en arrière. Il se distingue notamment par ses parties de saxophone. La chanson propose une critique des nouveaux réseaux d’information et de la manière dont ils façonnent notre perception du monde.
“You’ll Be Mine”, second single extrait de l’album, aborde le thème de l’amour comme possible remède aux douleurs de l’existence. On y trouve une bonne dose de psychédélisme, avec en arrière-plan un hautbois presque plaintif. Les claviers d’Amanda Kramer évoquent par moments l’atmosphère de “Venus in Furs” du Velvet Underground.
“Wrong Train” apporte une coloration plus rock à l’album, peut-être parce que le morceau a été coécrit avec l’ancien guitariste des Furs, John Ashton. Initialement conçue comme une chanson rock and roll assez traditionnelle, elle a été transformée en studio pour devenir plus lourde et plus ample. Richard Butler y livre une interprétation remarquable : « une femme qui me déteste, son petit ami aussi… où diable sont tous mes amis… j’ai besoin de toi maintenant ». Une chanson sur les relations humaines, leurs contradictions et leurs mensonges.
L’atmosphère de “This I’ll Never Be Like Love” rappelle la capacité des Furs à utiliser le saxophone pour susciter une émotion intense. Un titre calme et rêveur, sublimé par un solo inspiré de Mars Williams.
“Come All Ye Faithful” est l’un de mes titres préférés (sans rapport avec le chant de Noël du même nom). L’ambiance est sombre et psychédélique. Le clip évoque d’ailleurs des atmosphères très lynchiennes, proches de Twin Peaks.
Le côté sombre de l’album se poursuit avec l’un de ses moments les plus marquants : “No One”, un single parfait. « Who will wear your crown, no one / Subway queens or no one », chante Richard Butler, dans une ambiance à la fois mélancolique et hypnotique.
“Tiny Hands” propose un son très marqué années 60, avec une touche rappelant l’esprit de “Ruby Tuesday”.
“Hide the Medicine” aborde le thème des médicaments censés nous aider mais qui finissent parfois par nous rendre dépendants, voire malades.
Made of Rain regorge de surprises musicales, et c’est particulièrement vrai avec “Ash Wednesday”, l’un des moments forts de l’album.
“Turn Your Back On Me” nous replonge directement dans les années 80. Un morceau qui aurait parfaitement trouvé sa place sur MTV, aux côtés de groupes comme Simple Minds, U2 ou Echo & The Bunnymen.
Enfin, “Stars”, qui clôt l’album, est une très belle ballade portée par des nappes de synthétiseurs, offrant une conclusion élégante et mélancolique à ce retour très attendu.

Avec Made of Rain, The Psychedelic Furs signent un comeback réussi, fidèle à leur identité sonore tout en conservant une réelle fraîcheur.
L’album conserve l’ADN du groupe — cette mélancolie élégante portée par le saxophone et la voix inimitable de Richard Butler — tout en offrant des compositions solides et inspirées.
Un retour réussi, sincère et habité, qui confirme que certaines formations n’ont rien perdu de leur capacité à émouvoir et à traverser le temps.
Made of Rain ravira les fans de la première heure comme ceux qui découvrent aujourd’hui l’univers singulier du groupe

