Album du mois – The House Of Love – A State Of Grace
Release Date: 16 septembre 2022
Label: Cherry Red Records.
Les trois premiers albums de The House of Love ont marqué mes années universitaires. Sur mon île déserte, j’emporterais sans hésiter un album de New Order, The Smiths… et bien sûr de The House Of Love.
Au début des années 90, j’ai eu le plaisir de les voir sur plusieurs scènes bretonnes (Festival Tamaris, Le Coatélan près de Morlaix…). Comme souvent, le collectionneur que je suis s’est ruiné pour mettre la main sur maxis CD, vinyles et K7 pirates (souvenir d’un live à La Cigale… merci Les Inrockuptibles et Bernard Lenoir !). Mes amis se rappellent encore l’immense encart publicitaire de l’album Papillon, récupéré chez mon disquaire préféré.

Le groupe londonien, formé autour du chanteur-guitariste Guy Chadwick, s’est d’abord illustré sur le label Creation Records avant de rejoindre Fontana Records, porté par le succès du single Shine On. Avec les guitares nerveuses de Terry Bickers, “La Maison de l’Amour” semblait promise aux sommets des charts indie. Mais tensions internes et excès en ont décidé autrement.
Le premier opus, The House of Love (1988), reste l’un des grands disques de son époque. L’usage de drogues fragilise cependant la relation entre Chadwick et Bickers, qui quitte le groupe pour fonder Levitation. Simon Walker le remplace temporairement.
Le deuxième album, lui aussi intitulé The House of Love (souvent appelé Butterfly en raison de sa pochette), atteint le Top 10 britannique en 1989. Les singles The Beatles and the Stones, la nouvelle version de Shine On ou encore I Don’t Know Why I Love You sont encore régulièrement diffusés aujourd’hui.
Le quatuor connaît un beau succès, particulièrement en France, avec le troisième album Babe Rainbow, porté par le single You Don’t Understand. Après le décevant Audience With the Mind, le groupe se sépare en 1993.
La reformation intervient en 2003, marquée par le retour de Terry Bickers et la sortie de deux albums : Days Run Away (2005) puis She Paints Words in Red (2007).

Aujourd’hui, The House of Love revient avec A State Of Grace, mené par son leader emblématique Guy Chadwick, désormais entouré de Keith Osborne (guitare), Hugo Degenhardt (batterie) et Harry Osborne (basse). L’album, enregistré à Hastings, paraît sur Cherry Red Records et a été mixé par Warne Livesey, déjà à l’œuvre sur le formidable Babe Rainbow.
Dès l’ouverture, Sweet Loser peut surprendre les fans de la première heure. Son harmonica et sa rythmique presque valsée lui confèrent pourtant un charme indéniable. « Je suis le doux perdant que personne ne voit », chante Chadwick de sa voix grave et habitée.
Light of the Morning, aux accents honky-tonk, nous entraîne vers des paysages de bayou imaginaires, entre banjo et harmonica plaintif, sans oublier des guitares bien présentes qui invitent à battre la mesure du pied.
Les guitares lourdes et abrasives de Melody Rose rappellent que le groupe n’a rien perdu de son mordant. Superbe.
Premier single de l’album, Clouds évolue vers un blues-garage efficace. Impossible de ne pas penser à Love Spreads des The Stone Roses tant la tension électrique évoque cette filiation.
Into The Laughter renoue avec l’atmosphère des débuts, rappelant par instants Yer Eyes. L’une des grandes réussites du disque.
Le merveilleux Hey Babe porte indéniablement la signature House Of Love. Sa guitare aérienne et la voix enjôleuse de Chadwick nous replongent dans les années 90.
Sweet Water semble évoquer les années d’excès du chanteur, tandis que A State of Grace et Queen of Song rappellent la période bénie du label Creation, fondé par Alan McGee.
In My Mind affiche également une belle élégance, évoquant Road sur le premier album.
J’apprécie particulièrement l’énergie mélodique de Dice Are Rolling, qui pourrait s’inscrire dans la lignée de Marble, autre classique du groupe.
Enfin, Just One More Song, délicate ballade folk, vient conclure l’album avec émotion. Peut-être une confession à demi-mot : « Juste une chanson de plus pour toi… ». On imagine volontiers entonner ce refrain, une pinte à la main, aux côtés de Shane MacGowan accoudé au comptoir.
A State Of Grace prouve que le groupe a su se renouveler et que Guy Chadwick demeure un songwriter inspiré. Comme il le confie lui-même : « C’est le meilleur ensemble de chansons que j’ai écrit depuis des années ; la pandémie m’a ironiquement donné le temps et l’espace pour les développer. »
The House of Love réussit encore à surprendre. Vivement une tournée française !

PS: Cherry Red Records a publié cet été Burn Down The World: The Fontana Years: 1989-1993.
Il s’agit d’un coffret de 8 CD consacré aux années Fontana de The House Of Love soit les trois albums studio “The House of Love“, “Babe Rainbow” et “Audience With The Mind” augmentés de titres bonus, de faces B et d’enregistrements live.

