Album du mois – James Dean Bradfield – Even In Exile
The Clash (« Washington Bullets »), U2 (« One Tree Hill »), Calexico (« Victor Jara’s Hands ») ou encore Simple Minds (« Street Fighting Years ») ont tous rendu hommage à Victor Jara, chanteur chilien, metteur en scène, poète et activiste assassiné sous la dictature du général Augusto Pinochet.
Pour son deuxième album solo, le chanteur et guitariste des Manic Street Preachers, James Dean Bradfield, a lui aussi souhaité rendre hommage à celui qui fut l’une des figures majeures du mouvement Nueva Canción Chilena (la « nouvelle chanson chilienne »).
En collaboration avec le poète et écrivain Patrick Jones (frère de Nicky Wire, bassiste des Manics), James Dean Bradfield offre enfin un successeur à The Great Western (2006). C’est en découvrant les poèmes de Patrick Jones consacrés à Victor Jara que l’idée de cet album a vu le jour.

Le disque s’ouvre sur une guitare folk accompagnée de chœurs délicats. On pourrait croire que l’album sera essentiellement acoustique… mais l’électricité s’invite rapidement, faisant de ce titre d’ouverture l’un des plus beaux moments du disque. « Recuerda » nous exhorte à ne pas oublier les injustices infligées par les puissants aux plus faibles. Le morceau aurait aisément trouvé sa place sur Resistance Is Futile.
Vient ensuite le single « The Boy From The Plantation ». Tout y est : guitares, violons et cet harmonica folk que l’on apprécie tant chez The The période Mind Bomb. Le morceau s’ouvre dans un esprit proche de « Be Natural », extrait de This Is My Truth Tell Me Yours. Superbe.
« There’ll Come A War » est une composition plus sombre, portée par une boîte à rythmes et un piano mélancolique. Une pièce particulièrement réussie.
Les amateurs de rock progressif devraient apprécier « Seeking The Room With The Three Windows », un instrumental qui nous replonge dans les années 70, lorsque Pink Floyd et King Crimson régnaient en maîtres du genre.
« Thirty Thousand Milk Bottles» rappelle que le gouvernement de Salvador Allende avait mis en place un programme de distribution gratuite de lait pour tous les enfants chiliens. Mais 30 000 correspond aussi au nombre estimé de personnes « disparues » sous le régime de Pinochet. À propos de ce morceau, James Dean Bradfield a confié s’être inspiré de « Paris 1919 » de John Cale.
« Under the Mimosa Tree » est un instrumental cinématographique que l’on imaginerait aisément au générique d’un film.
« From The Hands of Violeta » rend hommage à Violeta Parra, figure essentielle de la redécouverte et de la diffusion de la musique populaire chilienne à l’international. Le morceau, plutôt acoustique, s’autorise de belles envolées prog. James Dean Bradfield cite comme influences le groupe gallois Man et son album The Welsh Connection, ainsi que Led Zeppelin période Houses of the Holy.
« Without Knowing The End (Joan’s Song) » est dédié à Joan, l’épouse de Victor Jara. Pour ce titre, Bradfield a fait appel au batteur Nick Dewey, déjà présent sur son premier album solo. L’atmosphère évoque R.E.M. et son titre « Chinese Bros ». L’un des sommets de l’album, sans doute le morceau le plus émouvant.
« The Last Song » évoque le suicide de Salvador Allende à travers une très belle ballade empreinte de gravité.
L’album ne comporte pas de reprises à proprement parler, hormis « La Partida », revisité ici dans une ambiance digne des westerns spaghetti. Le morceau évoque l’histoire des veuves de disparus qui recherchent les restes de leurs proches dans le désert d’Atacama, après les exécutions de civils et de responsables politiques de gauche sous la dictature de Pinochet. Magistral.
Le disque se conclut avec « Santiago Sunrise », une chanson faisant référence aux manifestations populaires qui ont secoué le Chili en 2019.

Avec Even In Exile, James Dean Bradfield met en lumière toute l’étendue de son talent de compositeur. Grâce aux textes inspirés de son ami Patrick Jones, il exprime avec sincérité et profondeur son admiration pour Victor Jara.
Un album solo particulièrement réussi, dont l’écoute devient rapidement addictive

