Poppunkwave story – The Weather Prophets

Dans la grande histoire de la pop indépendante anglaise, certains groupes brillent sans jamais accéder au grand public.

The Weather Prophets font partie de ces formations cultes, chéries par les amateurs de guitares cristallines, de mélodies mélancoliques et d’une écriture à la fois littéraire et directe. Actifs à peine trois ans, ils ont pourtant laissé une empreinte durable sur la scène indie des années 80.

Situer The Weather Prophets dans la cartographie de l’indie des années 80 implique presque naturellement de les comparer à trois formations majeures qui ont, chacune à leur manière, redéfini la pop indépendante : Felt, The Go-Betweens et The Smiths.

 

The Weather Prophets voient le jour en 1986, à Londres, à la suite de la séparation de The Loft. Leur chanteur et guitariste, Peter Astor, décide de poursuivre l’aventure musicale avec le batteur Dave Morgan. David Greenwood Goulding (basse) et Oisin Little (guitare) complètent la formation.

Le nom du groupe, emprunté à une phrase du roman Tropic of Cancer d’Henry Miller, annonce déjà la couleur : une musique sensible, introspective, nourrie de références littéraires et émotionnelles.

Dès ses débuts, le groupe est étroitement lié à Creation Records, label mythique de la scène indépendante britannique. Son fondateur, Alan McGee, joue même brièvement de la basse avant de se consacrer pleinement à son rôle de manager.

En 1986, le premier single, Almost Prayed, reçoit un accueil enthousiaste dans la presse musicale indépendante. Il devient rapidement un classique, une chanson « qui marie le Velvet Underground avec Creedence Clearwater Revival » dixit Creation Records.

The Weather Prophets incarnent alors ce que la scène anglaise fait de mieux : une pop nerveuse, mélodique, sincère, à mille lieues des excès synthétiques de la pop commerciale de l’époque.

Le groupe enregistre plusieurs sessions pour les émissions de John Peel, ce qui contribue à renforcer leur statut culte malgré des ventes modestes.

En 1987, le groupe signe sur Elevation Records (filiale de WEA) et enregistre son premier album, Mayflower, produit par Lenny Kaye, guitariste de Patti Smith.

Le disque a été enregistré en quelques semaines au Livingstone Studios à Londres. L’ingénieur du son, Tony Harris, est quant à lui, connu pour son travail avec des groupes comme R.E.M.

La pochette et le visuel ont été créés à partir de photos de Mike Laye, choisies pour leur esthétique sobre et expressive

Malgré de belles qualités artistiques, l’album peine à trouver son public. L’expérience avec une major laisse un goût amer au groupe, qui sera rapidement remercié.

Peter Astor racontera plus tard avoir appris la fin de leur contrat avec WEA… dans un pub londonien. Une annonce vécue non pas comme un drame, mais comme une libération artistique.

Ce revers leur permettra de revenir à un environnement plus cohérent avec leur esprit, en retournant chez Creation Records pour enregistrer leur deuxième album, Judges, Juries and Horsemen (1988).

Vic Keary, connu notamment pour son travail avec Felt, apporte ici un soutien technique et une approche volontairement sobre, très éloignée de la production plus « ouverte » de Mayflower.

Un disque auto-produit, plus âpre, parfois plus sombre, où transparaît une certaine fatigue morale.

À sa sortie, l’album passe relativement inaperçu, éclipsé par des sorties plus flamboyantes de la scène britannique de la fin des années 80.

Hollow Heart est l’un des rares morceaux à avoir été extrait en single.

Malgré des compositions solides, l’élan est brisé. Le groupe se sépare peu après, laissant derrière lui une discographie brève mais remarquablement cohérente.

Il est souvent cité comme l’un des albums les plus sous-estimés du catalogue Creation.

Après 1988, Peter Astor poursuit une trajectoire exemplaire : projets exigeants (The Wisdom of Harry, Ellis Island Sound), carrière solo respectée.

Il est aussi un enseignant-chercheur en musique (notamment à l’Université de Westminster), et auteur de travaux critiques ou historiques sur la musique
Son influence dépasse largement la notoriété de son groupe le plus célèbre.

Dave Morgan (batterie) et David Greenwood Goulding (basse) ont tous deux rejoint le groupe brit-country rock The Rockingbirds, une formation londonienne active dès les années 1990.

Plus récemment, The Loft a sorti un nouvel album, toujours avec Peter Astor comme chanteur/guitariste principal et avec les membres originaux.

The Weather Prophets incarne une page essentielle mais souvent méconnue de l’histoire de l’indie pop britannique des années 80 : un groupe de talent, soutenu par Alan McGee.

Souvent décrits comme « l’un des meilleurs groupes de guitares à n’avoir jamais percé », The Weather Prophets sont régulièrement cités comme une influence par des artistes indie ultérieurs.

Le groupe incarnait la transition entre la jangle pop post-Smiths et une indie plus introspective, moins flamboyante mais plus durable.

Ils furent un groupe-repère, à redécouvrir aujourd’hui. Pourquoi?

Parce qu’ils incarnent une époque où la pop indépendante britannique privilégiait l’authenticité à la rentabilité. Parce que leurs chansons vieillissent avec élégance. Et parce qu’ils rappellent que certaines carrières, même courtes, peuvent laisser une trace profonde.

Discographie:

Albums studio

  • Mayflower (1987)

  • Judges, Juries and Horsemen (1988)

Compilations et live

  • Diesel River (1986)
  • Temperance Hotel (1989)

  • ’87 Live (1991)

  • Blue Skies & Freerides – The Best of 1986–1989 (2004)