Poppunkwave story – Gamine

Dans les années 1980, Bordeaux devient l’un des épicentres du rock français. Aux côtés de formations plus rugueuses, un groupe se distingue par son sens aigu de la mélodie, son élégance pop et ses références sixties assumées : Gamine.

Retour sur l’histoire d’un groupe culte, discret mais durablement inscrit dans la mémoire de la pop française.

Gamine voit le jour au début des années 1980 à Bordeaux, dans une scène locale alors en pleine effervescence. À l’origine du projet, deux amis de lycée : Paco Rodriguez et Paul Félix Visconti. Autour du noyau fondateur gravite une constellation de musiciens : Guillaume Bacou, Fred Spindler, Jean-François Braar, José Ruiz, Nito Suarez

Dès leurs premiers titres, Gamine affirme une identité singulière : une pop mélodique inspirée des années 60,des guitares claires et nerveuses et des textes à la fois romantiques, ironiques et mélancoliques.

Le groupe se fait rapidement remarquer et collabore avec The Barracudas, qui contribuent à façonner leur son, très marqué par la pop anglo-saxonne.

À une époque dominée par la synthpop, Gamine choisit une autre voie : celle des guitares, des harmonies et d’une écriture intemporelle.
Leur musique évoque autant les Byrds que la new wave britannique, tout en restant profondément française dans le phrasé et les thèmes.

Le premier single auto-produit, Fille du soir / Simon Templar, sort en 1982.

L’année suivante, Gamine publie un mini-album (EP) éponyme sous le label indépendant bordelais, Snapshot Records. Ce vinyle 12″ est souvent considéré comme leur premier vrai disque officiel, même si le groupe avait déjà des titres en auto-production ou sur compilations locales avant cela.

La production est attribuée à Chris Wilson et Robin Wills, membres des Flamin’ Groovies, qui avaient commencé à travailler avec Gamine dès leurs premiers enregistrements et influencent ce son très « ligne claire ».

Le premier album Voilà les anges sort en 1988.

Le disque est le résultat de presque six ans d’existence. Plusieurs chansons existaient déjà sous forme de démos ou avaient été jouées en concert bien avant l’enregistrement officiel. Le disque est donc pensé comme une synthèse plutôt qu’un coup d’essai.

Alors que la fin des années 80 est saturée de boîtes à rythmes et de claviers numériques, Gamine fait un choix risqué :guitares en avant, arrangements sobres et une production qui refuse l’effet de mode.

Voilà les anges est à la fois leur sommet populaire.

Le single Voilà les anges n’est pas écrit pour être un tube. Pas de refrain “martelé”, pas de gimmick synthé, pas de format radio évident. Ce sont les radios FM qui s’emparent du titre, séduites par sa mélodie immédiate.

Des morceaux comme L’autre, 999, Nos sentiments et Les Gens sont si bizarres  n’ont rien à envier aux meilleurs groupes britanniques de pop de l’époque. Il comprend également une reprise de la chanson May I de Kevin Ayers.

Malgré le succès du disque, les membres de Gamine restent mal à l’aise avec la médiatisation.
Interviews, plateaux TV, pression commerciale : le groupe ne se reconnaît pas totalement dans ce nouveau rôle.

Voilà les anges est à la fois leur sommet populaire… et le début d’un léger décalage avec l’industrie musicale.

Le deuxième album Dream Boy est publié en 1990 toujours chez Barclay.

Le disque plus sombre, plus intérieur est enregistré en Angleterre. Il est inauguré par le single du même nom.

Avec Dream Boy, Gamine tourne le dos à la lumière du précédent disque. Les thèmes deviennent plus introspectifs moins immédiatement accessibles.

Au moment de l’enregistrement, le groupe traverse des tensions. Lorsque le disque sort, le contexte musical a changé.  La pop guitare française recule, le rock alternatif s’impose,la scène change brutalement.

L’album passe plus inaperçu, non par manque de qualité, mais par changement d’époque.

Le groupe se sépare au début des années 1990, après la parution de Dream Boy et une tournée qui ne trouve pas le même écho que leur premier album.

Paco Rodriguez monte ou participe à divers projets musicaux (notamment Mr Kuriakin) puis passe plusieurs années en Inde pour apprendre le sitar et explore des sonorités différentes

Paul Félix Visconti forme un autre groupe, Real Atletico, dans les années 90. Se retire pendant longtemps dans des monastères bouddhistes, notamment près de Clermont-Ferrand. Plus récemment, il a sorti sous Paul Félix, son album solo baptisé Going to Limoges.

Discographie essentielle de Gamine:

Premiers singles et mini-LP

  • Fille du soir / Simon Templar (1982)

  • Gamine – mini-LP (1983)

  • Julie Julie / Sans effet (1984)

  • Harley Davidson (1985)

  • Le Voyage / Les Jeux innocents (1986)

Albums studio

  • Voilà les anges (1988)

  • Dream Boy (1990)

Compilations

  • Contresens (1991)

  • Gamine revisité 1980-1986 (2004)